Il pleut. Pas d'espoir de dispersion des nuages aujourd'hui. On ne s'échappera pas de la ville par un petit bout de ciel bleu. On est plombé sur le bitume. Les bouches de métro ne mènent pas bien loin. Les bouches d'égoût mènent trop bas. J'irais bien boire au paradis avec mes morts une heure ou deux, juste pour voir du pays.
Un jour, un ange était tombé dans le conduis de ma cheminée et s'était cassé une aile. Je l'avais pris en pitié et avait décidé de le soigner. Mon chien le prenait sans doute pour un chat et passait son temps à grogner dessus. Pour plus de sécurité, j'avais enfermé mon ange dans une cage douillette le temps que son aile guérisse. Il m'avait parlé du paradis, m'invitait à y passer quand je n'aurais plus de temps. Je voulus decider avec lui d'un séjour d'une semaine histoire de solder intelligemment mes RTT. Il me dit :
"pas possible, si tu viens, tu restes. La porte t'est grande ouverte mais on y rentre qu'une fois".
Je suis alors sorti de mes gongs.
"Ce n'est pas possible ! On devrait pouvoir aller et venir, c'est quoi ces conneries ?"
"Ah oui, mais c'est comme ça, me dit-il, il y a un règlement."
"c'est pas négociable, demandais-je ?"
"Non, trancha-t-il."
J'avais alors ouvert la cage et laché le chien.
Finalement, quand je ne serai plus qu'un vivant en fin de droit, je crois que je préfèrerais finir mon parcours titubant au bord d'une fosse sans fond dans laquelle je sombrerai.