Un jour, il y a un chanteur qui a cassé sa pipe. mais elle est cassée quand même 

J'étais tout petit et je me souviens encore de l'hommage à la télé ce samedi soir là Y'en avait pas qu'une, à l'époque

et de la chanson "je m'suis fait tout p'tit devant une poupée". Partition Inde-Pakistan, pleine de fausses notes

J'étais assis derrière un fauteuil, il y avait du monde dans le salon. Mon père en avait fini avec tous ses malades de la semaine et fêtait son samedi soir avec des bons vivants.  Je découvrais pour la première fois, grâce à la télé, qu'on pouvait parler français avec un accent. Cet accent m'envoûtait. J'avais une cousine et un cousin qui avait le même mais comme l'un était en train de mourir et que je n'aimais pas l'autre, je ne m'en étais jamais préoccupé. Personne ne semblait intéressé par le défunt. On me foutait la paix, je n'étais qu'un enfant et je pouvais rester derrière un fauteuil sans susciter d'intérêt. Ceux de mon âge me faisaient peur. Je préférais écouter les adultes. Ils étaient rassurants et plein de certitudes. Ils étaient tous meilleurs que les autres et se méprisaient les uns les autres, au fond. C'étaient de grands enfants encore éternels. Aujourd'hui certains sont morts, d'autres ont changé de vie, tous sont vieux. Moi, j'ai leur âge maintenant, je suis encore éternel. Encore qu'il me soit arrivé de douter. Des grand'tantes m'ont dèjà pris, au cours de récents mariages, pour mon père. Une autre fois, une vieille dame m'a parlé de la guerre, des bombardements sur Rouen, des avions qui survolaient la ville par deux pour lacher les bombes. Quand tout Rouen fut enfin en ruine, elle me demanda : "et vous, que faisiez-vous pendant la guerre ?".
J'ai toujours préféré écouter les adultes. Ils sont plus drôles que les jeunes.