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lundi 15 mai 2006

La parade funèbre du clown

Eléphants : Tirez le char.
Que les singes s’accrochent aux roues.
Vite ! On enterre.
Orchestre : Do, la, sol, c’est parti.
Plus gais, messieurs, plus gais,
On enterre un clown !
Danseuses : Entrechats, arabesques,
Plus de grâce, grand dieu, on enterre,
Tournez et que les tutus décollent !
Trombones, trompettes, criez !
Petits rats, volez !
Au refrain, faites valser le cortège.
Saltimbanques : Crachez vos feux,
On quitte l’enfer.
Les nains : pirouettes et saltos!
Acrobates : passez-vous le chagrin.
Et maintenant...silence.
Roulement de tambours...tous en rang.
Fakir : découpez le cercueil.
Séparez les morceaux puis replacez les.
Tambours, cessez...
Ouvrez...cymbales !
Un clown sur ressort !
Applaudissements !
Eléphants : tirez,
Do, la, sol, entrechats, arabesques,
Allez, tous en marche, on enterre !




mercredi 3 mai 2006

En avion



Avant de prendre l’avion
Et de m’écraser dans l’océan
Pour un bain de minuit improvisé,
J’ai fait la liste des invités
À l’enterrement de mes restes repêchés.

Il y aurait un peu de famille.
Pas trop pour ne pas faire croire
Que j’en étais proche.
Il y aurait quelques amis.
Suffisamment pour donner à penser
Que je vivais entouré.
Il y aurait tous mes collègues
Pour qu’on imagine avec respect
Que j’aimais mon travail.

Il n’y aurait pas mon voisin
Parce qu’il s’en fout.
Un mort dans l’immeuble
Lui fera espérer plus de calme.
Pourtant, je n’étais pas le plus bruyant
Des co-propriétaires.
Je ne recevais personne
Parce que je n’aimais pas cuisiner.
Je n’écoutais que des nocturnes
Au casque.
Je regardais peu la télé.
Quelques fois, le journal télé hurlait.
Ce n’était pas de ma faute :
C’était le monde qui braillait ainsi.

Je n’envahissais personne.
J’étais un fils, un frère,
Un neveu, un cousin,
Un arrière ceci, un grand cela,
Un membre par alliance,
Un ami d’un copain d’une vague connaissance
Discret et pudique :
J’étais un proche lointain.

J’ai pris l’avion.
Pas d’incident technique
Provoquant une chute soudaine.
Pas de détournement
Accompagné d’exécution.
Pas de bombe dans les soutes
Ou alors mal réglée.
Rien.
Pas même un trou d’air
Nous donnant une frayeur passagère.
Pas même d’orage
Nous obligeant à changer de cap.
Pas même un oiseau
Happé par le réacteur.

Rien.

Juste un atterrissage « tout en douceur »
Nous annonce le steward.
Je n’ai plus qu’à envoyer
mes cartes du pays
À tous ceux que j’ai couché,
Avant de partir, sur ma liste tombale.



lundi 1 mai 2006

Le centre du monde



Je suis au centre du monde.

Du moins, je m’y crois.

D’ailleurs, on se croit tous au centre du monde.

Nous sommes tous composés de cellules, d’eau et de croyances.

On croit chacun faire avancer le monde

Pourtant sans nous, il continue son mouvement.

Je crois le faire avancer.

Je crois être son centre.

En fait, le monde n’est qu’un vaste dépotoir de centres

Qui s’entassent et étouffent

Et moi,

Je crois bien en être son centre.



lundi 17 avril 2006

Un jour, je me suis echappé dans le ciel



J’ai reniflé des vapeurs de lassitude
Qui me sont montées à la tête
élevant mon corps vers les nuages.
Puis je me suis éloigné, si lentement,
Voyageant comme un ballon d’hélium
A travers le vide qui nous entoure.

Je suis allé sur Pluton
Ce bloc de pierre perdu et errant
Où ne pousse pas même le lichen.
Mais l’endroit était trop aride, décevant
Et je m’y suis ennuyé.
J’ai alors quitté ma galaxie.

J’ai rejoint l’amie Andromède
Qui m’a aspiré dans sa spirale
Et par curiosité, j’ai regardé ma terre.
Je vous y ai vu tout petits,
Si petits que vous en étiez ridicules.
Finis votre grandeur et votre rayonnance,
Vive l’humilité!
Mais Andromède était sans doute trop grande
Et je m’y suis ennuyé.
J’ai alors quitté la galaxie.

Je suis arrivé au milieu des Pleiades.
J’étais le petit dernier, le huitième astre
Venu dissiper les sept autres.
Vous pouviez nous voir jouer
A saute-mouton ou à chat-perché.
Mais elles étaient trop capricieuses
Et je m’y suis ennuyé.
Je suis alors reparti vers ma galaxie.

J’ai approché ma planète d’eau
Toujours aussi agitée,
J’ai traversé l’atmosphère en brûlant,
Je me suis projeté d’un nuage
Et me suis écrasé sur un rocher.
Je suis venu respirer d'autres vapeurs.